Le centre-ville de Liège est un espace de vie partagé. Il accueille des habitants, des visiteurs, des commerçants, des travailleurs, mais aussi des personnes confrontées à des situations de grande précarité. La présence de personnes sans abri ou consommant des produits psychoactifs (alcool, héroïne, cocaïne, etc) dans l’espace public peut parfois susciter des incompréhensions, des inquiétudes et des difficultés concrètes pour les commerces et leur clientèle.
Ces situations méritent d’être prises au sérieux. Pour y répondre de manière adaptée, il est toutefois essentiel de mieux comprendre les réalités auxquelles sont confrontées les personnes concernées et de disposer de repères permettant d’agir de façon proportionnée, humaine et efficace.
Sans-abrisme et consommation de produits en rue : mieux comprendre pour mieux agir ensemble.
Le sans-abrisme : rarement un choix
Le sans-abrisme ne se résume pas à l’absence d’un toit. Il recouvre des réalités diverses : personnes dormant dans la rue, hébergées temporairement chez des tiers, vivant dans des logements précaires ou passant d’une solution d’hébergement à une autre.
Derrière ces situations se trouvent souvent des parcours marqués par une accumulation de difficultés : perte d’emploi, rupture familiale, violences, problèmes de santé, addiction, endettement, sortie d’une institution ou absence de soutien social suffisant. Ces facteurs peuvent se combiner et rendre progressivement l’accès à un logement de plus en plus difficile.
Si les trajectoires sont différentes d’une personne à l’autre, le sans-abrisme est rarement un choix libre et véritablement souhaité. Il constitue une situation de vulnérabilité qui limite fortement les possibilités de se projeter dans l’avenir, de prendre soin de sa santé et de répondre aux exigences de la vie quotidienne.
La rue devient alors, pour certaines personnes, un lieu où elles doivent tenter de répondre à des besoins fondamentaux : se reposer, se protéger, rencontrer d’autres personnes ou simplement occuper le temps. Des comportements qui peuvent paraître incompréhensibles de l’extérieur prennent parfois un autre sens lorsqu’on les replace dans ce contexte.
La consommation de produits : comprendre sans banaliser
La consommation de produits psychoactifs peut elle aussi s’inscrire dans des parcours de vie complexes. Certaines personnes consomment pour rechercher des effets particuliers, d’autres pour atténuer une souffrance psychique, supporter des conditions de vie difficiles ou faire face temporairement à une réalité devenue éprouvante.
Lorsqu’une addiction s’installe, elle ne relève pas simplement d’un manque de volonté. Les troubles liés à l’usage de substances impliquent notamment des modifications des mécanismes cérébraux de la motivation, de l’apprentissage et de la régulation des comportements. Des facteurs psychologiques, sociaux, environnementaux et biologiques interviennent également dans leur développement et leur évolution.
Toutes les consommations ne conduisent pas à une addiction et toutes les personnes qui consomment ne vivent pas dans la précarité. Néanmoins, lorsque consommation problématique, problèmes de santé et absence de logement se conjuguent, les difficultés peuvent se renforcer mutuellement et rendre les possibilités de changement particulièrement complexes.
Notre société accorde par ailleurs une place importante aux produits, aux achats, à la recherche de satisfaction et à la consommation comme moyen de se faire plaisir ou de gérer certaines tensions du quotidien. Cette réalité ne signifie évidemment pas que le commerce serait responsable des addictions. Elle rappelle plutôt que nos rapports aux produits et à la recherche de bien-être s’inscrivent dans un environnement culturel plus large, dont les effets peuvent être très différents selon les ressources et les vulnérabilités de chacun.
Comprendre ces mécanismes ne revient ni à banaliser les consommations ni à nier les difficultés qu’elles peuvent occasionner. Il s’agit de dépasser les jugements immédiats pour mieux identifier les réponses susceptibles d’améliorer la situation.
Des difficultés bien réelles dans un espace public partagé
La présence de personnes en grande précarité dans les rues commerçantes peut entraîner des situations difficiles : sollicitations répétées de la clientèle, comportements intimidants, consommation visible, déchets, nuisances sonores ou occupation prolongée de certains accès.
Il est important de reconnaître que ces situations peuvent affecter le sentiment de sécurité, les conditions de travail des commerçants et l’accueil de la clientèle. Les personnes qui exercent leur activité dans le centre-ville doivent pouvoir travailler dans des conditions satisfaisantes, tout comme chacun doit pouvoir circuler et profiter de l’espace public.
Pour autant, une personne ne se résume pas à un comportement ponctuel, à une consommation ou à sa situation de logement. Il convient de distinguer la personne de son comportement et d’adapter la réponse à la situation rencontrée.
Une personne désorientée, une personne qui sollicite de manière insistante les passants et une personne qui menace directement quelqu’un ne nécessitent pas la même réaction. Savoir identifier ces différences permet d’éviter les confrontations inutiles, de mieux protéger chacun et de mobiliser les interlocuteurs appropriés.
Une piste d’action concrète : rencontrer un éducateur du Plan de prévention
Face aux difficultés rencontrées sur le terrain, il est important que les commerçants puissent trouver un interlocuteur, poser leurs questions et être accompagnés dans la compréhension des situations auxquelles ils sont confrontés.
Dans cette perspective, les commerçants qui le souhaitent sont invités à prendre contact avec le Plan de prévention de la Ville de Liège afin de convenir d’un rendez-vous avec un éducateur. Cette rencontre permettrait d’aborder les réalités du sans-abrisme et des consommations en rue, d’échanger autour de situations concrètes et d’identifier les attitudes les plus appropriées lorsqu’un comportement perturbe l’activité commerciale.
L’objectif est également de clarifier les possibilités d’action et les relais disponibles selon les circonstances : vers qui se tourner lorsqu’une personne semble en difficulté et que l’on souhaite l’aider, quel service contacter face à des nuisances récurrentes, ou comment réagir lorsqu’une situation présente un danger.
Cette démarche ne vise pas à demander aux commerçants de se substituer aux professionnels du social, du soin ou de la prévention. Elle entend leur donner des repères pratiques et faciliter le dialogue entre les acteurs qui partagent l’espace public.
Pour prendre rendez-vous ou obtenir des informations :
Plan de prévention des insécurités urbaines et de cohésion sociale – Ville de Liège
- 04/238.50.00
- plandeprevention@liege.be
Ensemble, il est possible de mieux comprendre les situations rencontrées, de réagir de manière adaptée et de construire des réponses qui tiennent compte à la fois des réalités commerciales, de la tranquillité publique et de la dignité des personnes en situation de précarité.